Le nouvel album de Garbage

 

Voilà voilà... Dingue de se dire que le précédent album, No Gods No Masters a déjà cinq ans au moment d'écrire ces lignes. C'est aussi dingue de se dire qu'il avait déjà quatre ans quand est sorti son successeur, le disque qui nous occupe aujourd'hui. Plus on vieillit, plus le temps passe vite, et j'ai l'impression d'avoir mille ans... Garbage revient donc, après quelques années avec un agenda bien rempli : tournées, deux EP's, des rééditions d'anciens albums, une compilation intitulée Anthology (2022) avec sans doute la pochette la plus hideuse de toute leur discographie, une autre compilation de reprises intitulée Copy/Paste (2024), et puis – ouf – enfin le chemin des studios pour un vrai nouvel opus au titre presque positif (et un peu long) : Let All That We Imagine Be The Light.

Première constatation en cette époque sombre où l'art de l'emballage de CD semble définitivement être entré dans une phase de décadence avancée, un bel effort a été fait sur la pochette. Pas que je sois un fan absolu des poulpes, mais globalement les jeux de couleurs (rose, orange, bleu) et de lumières (ténébreuses) fonctionnent bien. Surtout, oui surtout, l'habituel et ennuyeux étui cartonné en deux volets est glissé dans un fourreau en plastique transparent sur lequel sont imprimés titre de l'album (devant) et titres des chansons (derrière). Quand on retire la pochette de cet écrin, les lettres semblent un instant flotter au-dessus de l'image. Ce n'est pas grand chose, mais c'est une attention esthétique appréciée ici, une initiative rafraîchissante. En outre, ce plastique offrira une protection supplémentaire au carton contre les coups et les griffes : c'est toujours ça de pris. Pour le reste, vous commencez à connaître la formule : la pochette s'ouvre en deux volets, l'un pour le disque, l'autre pour le livret, celui-ci avec les paroles des chansons, les données plus techniques et légales, des images de tentacules et de ventouses... C'est publié, comme le précédent, par Stun Volume / Infectious / BMG et les dix plages font un total de quarante-cinq minutes.

Je ne pense pas que je vais passer en revue le contenu chanson par chanson. Dès le départ l'album a une ambiance finalement assez évidente, homogène, une couleur unie, une tonalité qui se révèle un peu... ennuyeuse ? L'album précédent était très, mais alors très incisif. Ici, on a cherché quelque chose de plus apprivoisé, de plus recueilli. Attention, ça reste du Garbage, hein, quand je dis « recueilli », c'est à comprendre « à leur échelle ». Seulement, à force de vouloir émousser les bords, amoindrir les angles, on a peut-être aussi, parfois, rendu tout ça un peu « éteint ». Il y a certes de bonnes choses, quelque plans de guitare intéressants (Get Out Of My Face), des moments où la voix de Shirley Manson est bien mise en valeur, que ce soit par un murmure cotonneux au creux de l'oreille (Hold, Sisyphus) ou au contraire par une grande clarté (The Day That I Met God). L'écriture tente de varier les ambiances sans doute, des sujets plus personnels, d'autres plus politiques ; il y a un début et une fin qui se veulent plus intenses, en terme de tempo ou d'agressivité, mais avec un ventre mou un peu trop mou au milieu, et puis aussi des répétitions un peu mécaniques dans les refrains qui finissent presque par endormir... Pourtant, j'étais très enthousiaste au départ : pensez donc un nouveau Garbage ! Et j'ai vraiment bien aimé mes premières écoutes, le soin apporté aux ambiance électro et aux intrications guitaristiques, mais il a fallu se résoudre à reconnaître que, oui, une fois l'album terminé, sans avoir été déçu, je reste tout de même moins impressionné que prévu et pas forcément tenté de le faire tourner en boucle. Des titres néanmoins favoris ? Oui, bien sûr (et déjà cités d'ailleurs) : Hold, l'hypnotique Sisyphus, Get Out Of My Face (AKA Bad Kitty), les bonnes pulsations de R U Happy Now et le très étrange, tantôt introspectif, tantôt grandiloquent, mais très prenant morceau qui clôture le disque, The Day That I Met God. C'est que ça fait tout de même une moitié d'album, pas une catastrophe industrielle, loin de là.

D'un point de vue purement sonore, l'album parvient à rester cohérent, ce qui n'est pas mal compte tenu d'une gestation un peu compliquée et plus diluée dans le temps qu'initialement prévue (ainsi diverses interruptions durant l'écriture, notamment une opération chirurgicale pour Shirley Manson, des sessions d'enregistrement étalées sur au moins deux années). L'album conserve une consistance globale confortable. On conserve aussi la même équipe que sur pas mal d'albums précédents : les membres du groupe bien entendu, mais aussi le producteur Billy Bush.

C'était prévisible, le son est un peu lourd et assez compressé ; on repassera peut-être pour la délicatesse. Cela dit, ainsi que j'ai déjà dû l'écrire quelque part, c'est un répertoire qui tolère assez bien ce genre de traitement (au passage, Garbage en mode léger, acoustique au coin d'un feu de camp, je me demande parfois ce que ça donnerait). Heureusement aussi tous les instruments ne sont pas non plus entassés les uns sur les autres au point d'empêcher de percevoir les différents plans sonores, mais j'avoue tout de même que ça passe mieux lors d'une écoute au casque.

On l'aura compris, ma conclusion est un peu « mouais, ok ». Garbage est très souvent capable de me donner de grandes claques musicales en plein figure, et parfois, oui, mais de rares fois, on a l'impression de peiner, de marcher dans le sable, de ne pas « comprendre » une chanson, ou même un album (comme avec Strange Little Birds en 2016, un autre opus pour lequel je cherche toujours la porte d'entrée). Peut-être que No God No Masters avait placé la barre (de la claque) trop haut ? Peut-être que c'est moi qui me suis mal réveillé de la précédente (claque) ? Peut-être que c'est ça le son de Garbage qui clôture (déjà !) trois décennies de carrière : une formule qui commence à (un peu) faire du surplace ? Je ne leur souhaite que le meilleur pour l'avenir, mais si l'envie les prend de pondre un nouveau disque, quoi qu'ils fassent, je ne saurai trop leur conseiller de veiller avec le même soin à la qualité de l'emballage de la version CD.

C'est tout pour aujourd'hui. Portez-vous bien et écoutez de la musique.

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